29 janvier 2007

Mal-logés: interview du député-maire UDF de Drancy

Le maire UDF de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, supporte de moins en moins la vacuité de la campagne présidentielle
par Anne BRIGAUDEAU
- Jean-Christophe Lagarde dans sa mairie de Drancy (5 janvier 2007) - AB -
Jean-Christophe Lagarde dans sa mairie de Drancy (5 janvier 2007) - AB
"La boîte à promesses est ouverte", déplore-t-il, en prédisant une "gueule des bois" et des lendemains électoraux qui déchantent.

Entretien avec un député de Seine-Saint-Denis au discours décapant, qui propose, entre autres, de rendre inéligibles les maires refusant de construire des logements sociaux.
Le débat actuel sur le logement ? "Indécent"

Que pensez-vous du débat actuel sur le logement ?
Indigne et indécent. Un exercice de démagogie électorale. On mélange tout : le problème des SDF n'a rien à voir avec celui des mal-logés. Les SDF sont des marginaux pour qui le logement est un problème, mais pas le seul. Le mérite des Enfants de Don Quichotte, c'est d'avoir montré qu'ils subissent cette situation et ne la choisissent pas. Mais le problème ne se résoudra pas par un claquement de doigt. Je suis mort de rire quand j'entends un candidat (Nicolas Sarkozy) affirmer qu'il n'y aura plus de sans-logis dans deux ans. La boîte à promesses est ouverte ! Au lendemain de l'élection, les gens auront la gueule de bois.

Le droit au logement opposable, ça concerne qui ? Pas les SDF : ils ne sont pas officiellement demandeurs de logement. Ca concerne ceux qui ont demandé un logement social. J'ai 2700 demandeurs dans ma ville, pour un parc de 200 logements. Je fais comment ? C'est stupide, cette histoire de droit opposable.

Il se pose comment, le problème ? C'est simple : sur le marché privé à Drancy, il y a 4 ou 5 ans, un deux-pièces se louait 380 euros. Aujourd'hui, de 650 à 700 euros. Vous faites comment, avec 1000 euros par mois ? Et la lessiveuse de Paris continue à nous envoyer ses pauvres, incapables de se loger dans la capitale.

Logement social à Paris (photo AFP)Conclusion : il faut faire baisser les prix en interdisant aux banques de prêter sur plus de quinze ans. Ces prêts sur trente ans, ça a fait gonfler les prix de l'immobilier. Il faut autoriser les seuls bailleurs sociaux à vendre un appartement sur trente ans. Puisque les locataires des HLM paient des loyers pendant des dizaines d'années, autant qu'ils achètent leur appartement.

On pourrait aussi libérer 100.000 logements par an par un système de garantie des bailleurs privés, qui ne louent plus, ou alors avec des garanties et des cautions tellement dissuasives qu'elles sont impossibles à fournir. En appliquant toutes ces mesures, en faisant construire des logements sociaux- sous le gouvernement Jospin, on n'en a jamais construit aussi peu, il en a manqué 40.00 par an - on peut résoudre en quatre ans une grande partie du problème. Enfin, il faut que l'Etat aide les maires, en assumant la surcharge foncière, à préempter logements et terrains hors de ghettos, pour créer du social ailleurs, dans différents quartiers.

Casser les ghettos ?
C'est la priorité. Le débat sur la carte scolaire, c'est un scandale. Un candidat (Nicolas Sarkozy) dit qu'il faut la casser, l'autre (Ségolène Royal) qu'il faut l'assouplir. C'est honteux. La société française accepte qu'il y ait des lieux où l'on concentre la misère. Casser la carte scolaire, c'est casser le thermomètre. La vraie question, c'est que ces quartiers ne devraient pas exister. Les logements sociaux devraient être répartis : chaque ville devrait en compter de 20 à 40%, pas plus, pas moins. Il faut sortir de cette France de l'entre-soi, où toute la misère se concentre d'un côté, toute la richesse de l'autre.

Les maires qui ne veulent pas construire de logements sociaux ? Ils devraient être inéligibles : pas pour leur nuire, pour les protéger. Les électeurs rétifs à la construction de logements sociaux sauraient ainsi que leurs maires y sont obligés : autant, alors, qu'ils le fassent bien. En évitant la concentration. Dans mon office HLM, je reconstruis des pavillons jardins, des petits immeubles. Mais ça prend du temps : une construction dure deux ans. Quel projet d'envergure se fait instantanément ? Aucun. Mais ça, comme argument, ça ne passe pas dans une campagne électorale.

(Interview réalisée le 5 janvier, à la mairie de Drancy).

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